L'annonce faite par Trackhouse la semaine dernière n'a surpris personne : on savait depuis plusieurs mois déjà qu'Enea Bastianini avait choisi de quitter Tech3 pour faire main basse sur un guidon de l'équipe satellite d'Aprilia. Il n'attendait que la levée de l'option contractuelle que détenait KTM sur lui, fixée au 1er juillet, pour pouvoir finaliser les conditions de son transfert.
Cette décision du pilote italien a autant été motivée par son manque d'accointances avec la moto autrichienne que par l'attrait que peut représenter une RS-GP ayant réussi à se hisser au sommet et à rivaliser avec la Ducati. Sur ce dernier point, Bastianini ne cache pas avoir succombé aux charmes de la machine de Noale dès le début de l'année lorsqu'il a réalisé à quel point elle avait progressé durant l'intersaison.
"Disons que j'étais assez convaincu, et ce dès la première course", explique-t-il. "J'ai vu un potentiel dès les tests et j'ai compris que ça pouvait être le meilleur choix pour moi. Évidemment, c'est l'avenir qui le dira mais j'ai en tout cas toujours été plutôt convaincu."
"Je ne nie pas avoir aussi discuté de mon avenir avec d'autres, mais je crois que c'est le meilleur choix. Trackhouse m'a semblé être une équipe vraiment solide, ils l'ont démontré cette année. J'ai parlé avec Justin [Marks] et il était très motivé, très content de m'avoir avec eux. Donc on s'est rencontrés et j'ai signé avec Trackhouse et avec Aprilia."
Lire aussi :Les effectifs du groupe Aprilia changeront pour moitié la saison prochaine, puisqu'à l'arrivée d'Enea Bastianini chez Trackhouse s'ajoutera celle de Pecco Bagnaia dans l'équipe d'usine. Chacune des deux formations conservera un pilote déjà connaisseur de la moto, du moins dans son format actuel, de quoi établir un repère pour les nouvelles recrues.
"Avoir des pilotes compétitifs face à soi est stimulant", juge Bastianini. "C'est le cas en premier lieu de Raúl [Fernández], qui sera mon coéquipier, mais aussi de Pecco et de Bezzecchi. Ce sont tous des pilotes très rapides, avec lesquels on pourra certainement faire du bon travail, j'en suis sûr. On aura les données pour le faire."
"Pour ce qui est de la moto, je ne sais pas comment elle sera parce qu'on ne peut évidemment pas savoir à quoi s'attendre tant qu'on n'est pas monté dessus, mais d'une manière générale, elle me semble très équilibrée, convenant un peu à tout le monde. Il y aura sûrement du travail à faire, mais on partira d'une bonne base."
S'il s'est laissé séduire par les performances de l'Aprilia actuelle, Bastianini est bien conscient en effet que 2027 représentera un saut dans le vide puisque tout changera, ou presque : les motos et leur cylindrée, les pneus, les éléments aérodynamiques et les holeshot devices, de quoi profondément chambouler le comportement des machines, et potentiellement la hiérarchie.
"Il est certain que ce sera différent parce qu'on aura de nouvelles motos, ainsi que de nouveaux pneus. Ça va beaucoup changer, mais je pense pouvoir être compétitif l'année prochaine", sent le pilote italien, qui n'a en revanche jamais véritablement trouvé la clé avec la KTM.
"Pour le moment, je dois être honnête, on n'a pas trouvé beaucoup de vitesse par rapport à l'année dernière. Avec mon chef mécanicien et tous les techniciens de KTM, on cherche beaucoup la vitesse, et parfois on la trouve mais pas tout le temps. C'est pour cela que j'ai pris la décision de faire ce changement pour mon futur."
Lorsqu'il lui est demandé ce qui n'a pas fonctionné avec KTM, Enea Bastianini ne s'en cache pas : "J'ai toujours recherché quelque chose que je ne peux probablement pas trouver. Je pense que la moto a son ADN et que, moi, j'ai le mien."
"On a clairement fait de très belles courses et on a parfois trouvé la bonne vitesse pour pouvoir se battre pour de très bonnes positions, mais le déclic que j'attendais n'est jamais arrivé. J'espère qu'il arrivera d'un instant à l'autre, il faut toujours garder espoir, mais en étant réaliste, on n'a jamais trouvé la vraie vitesse pure chaque week-end. Et je pense que ça n'est juste ni pour moi, ni pour KTM parce que je crois que le potentiel de la moto est plus élevé, Pedro [Acosta] l'a montré, et le mien l'est aussi."
Je pense que la moto a son ADN et que, moi, j'ai le mien. Le déclic que j'attendais n'est jamais arrivé.
Enea Bastianini fait cependant une distinction entre son envie de se séparer de cette moto qui ne lui correspond pas et son attachement à l'équipe Tech3. Il souligne à quel point il a toujours été soutenu, même dans les difficultés qu'il a eu à traverser depuis qu'il a rejoint la formation de Bormes-les-Mimosas il y a un an et demi.
"Ça a été difficile", avoue-t-il en revenant pour le site officiel du MotoGP sur son choix de s'en aller. "Je m'entends très bien avec les membres de Tech3, et c'est toujours assez dur pour tout le monde de prendre une décision pour l'avenir. Mais j'avais clairement l'idée de changer et d'essayer de trouver une motivation supplémentaire, et je pense pouvoir la trouver chez Trackhouse."
"J'entretiens une relation formidable avec l'équipe. Mais je veux penser à mon avenir, essayer de revenir au sommet et je pense que c'est la meilleure décision pour cela", ajoute le pilote italien, qui aura 29 ans l'hiver prochain et compte toujours sept victoires en MotoGP, toutes conquises avec Ducati.
Quelle est la chose la plus positive qu'il retiendra de ses deux ans chez KTM ? "La chose positive, c'est que KTM et Tech3 ont toujours été à mes côtés. Ils ne m'ont jamais laissé tomber, jamais ils ne m'ont dit 'allez, si tu n'y arrives pas, essaye d'avancer seul'. Ils ont toujours été à mes côtés, tous les membres de l'équipe croient en moi et ça me motive chaque jour. Ça, c'est clairement positif."
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